'Without Camera', Hopstreet Gallery

Diverses pratiques d’appropriation d’"images trouvées" sont mises en évidence dans l'exposition de groupe ‘Without Camera’ que nous invite à découvrir la Hopstreet Gallery.

L’exposition s’articule autour du travail de cinq artistes qui "recyclent" et "réutilisent" dans leurs œuvres des photographies préexistantes. En revisitant, à travers des collages, des découpages, des superpositions et des réimpressions, les "matières premières" qui servent de terreau à leurs créations, ces "photographes sans caméra" les détournent, les réinventent et leurs insufflent une seconde vie.

'Without Camera', Hopstreet Gallery, vue d'installation. Image courtesy: Hopstreet Gallery

'Without Camera', Hopstreet Gallery, vue d'installation. Image courtesy: Hopstreet Gallery

Une cinquantaine d’œuvres de petits formats sont exposées. Chacune d'entre elles juxtapose deux temporalités dans la mesure où le visiteur est confronté tant au moment (présent) de l'intervention de l'artiste qu'à l'instant (passé) de la prise de vue de l'"image trouvée".

L'artiste anglaise Julie Cockburn s'approprie des clichés anonymes et ordinaires et retouche le noir et blanc et le sépia d'origine par des motifs brodés aux couleurs acidulées qu'elle coud minutieusement à même les tirages anciens. Si elle pique poétiquement les fleurs de cerisiers le long d'une route de campagne dans Breeze, 2017, dans Masqua, 2014, elle frise l'abstraction en recouvrant d'une parure géométrique le visage d'une femme et raconte par ce biais une histoire à la fois nostalgique et extra-ordinaire. Je ne peux m'empêcher de rapprocher cette réappropriation du vintage au travail poétique de Léopoldine Roux qui elle aussi donne une seconde vie aux images qu'elle déniche dans des brocantes.

Le belge Noé Sandas suit un processus artistique similaire dans une des deux séries exposées (Peep). Il s'approprie des photographies érotiques du siècle dernier en cachant partiellement le corps et complètement le visage des femmes qui y figurent et réimprime les images créées au format carte postale. Ses interventions tendent vers l’abstraction et sont présentées en constellation, dans des cadres anciens. Des images originales, seules demeurent les postures des corps, isolées et répertoriées par l'artiste qui semble vouloir capter la gestuelle de séduction d'une époque révolue... Comme il l'explique: "toutes mes photographies manipulées sont sans visage ou, comme j'aime le dire, Sans-Nom - comme si elles avaient juste été trouvées au site archéologique du Glamour."

Le travail de l'allemande Karin Fisslthaler a une qualité plus sculpturale. Dans ses "objets photographiques", elle découpe et superpose plusieurs Film Stills ce qui lui permet de décomposer les images et de donner à voir une séquence. Le geste isolé démultiplié crée un effet optique de mouvement et de profondeur qui n’est pas sans rappeler certains photomontages de Pol Bury…

Le cinéma nourrit aussi les collages de photographies sur papier jauni de la belge Katrien De Blauwer. Bien que leurs sensibilités soient différentes, ses images m'ont remémoré le travail du plasticien britannique John Stezaker dans la mesure où on retrouve dans les compositions de Katrien de Blauwer le sentiment de nostalgie et l'illusion d'une vibration quasi-filmique. Les clichés qu’elle manipule sont souvent fragmentaires, resserrés sur certains détails. L'intitulé d'une de ses œuvres est emprunté au vocabulaire du montage cinématographique (Jump Cuts 5, 2014) et illustre l'effet de "sautes" d'images utilisé pour dynamiser une action en retirant quelques images au milieu du plan... Une femme à gauche du cadre marche sur un ponton et dans l'image qui lui succède juste en dessous, cette même femme est photographiée d'un autre angle et s'avance cette fois-ci vers la droite du champ, ce qui donne l'impression que le personnage se promène sur la surface du papier...

Enfin, l'artiste britannique Jonathan Callan réalise des compositions surprenantes par ses découpages contrôlés. Les objets en fin de vie le passionnent et il s'emploie à déchirer, déchiqueter ceux qu'il trouve pour en faire le support de ses sculptures. Dans les œuvres exposées, il superpose deux images et déchire par endroits celle du dessus pour faire apparaître celle du dessous.

'Without Camera', Hopstreet Gallery, vue d'installation. Image courtesy: Hopstreet Gallery

'Without Camera', Hopstreet Gallery, vue d'installation. Image courtesy: Hopstreet Gallery

Il intègre ainsi de nouveaux objets dans les espaces représentés dans les photographies initiales, comme dans The Lake, 2017, où il transpose un gros rocher informe dans un paysage bucolique...

Jonathan Callan, The Lake, 2017, paper, 29x25.5cm, frame 37x34cm. Image courtesy: Hopstreet Gallery

Jonathan Callan, The Lake, 2017, paper, 29x25.5cm, frame 37x34cm. Image courtesy: Hopstreet Gallery

Les "relectures" contemporaines d’"images trouvées" que l'exposition 'Without Camera' offre à notre regard nous donne non seulement un aperçu sur le flux de créativité généré par l'appropriation d'images mais nous permet aussi de réfléchir, pour paraphraser le philosophe allemand Walter Benjamin, sur les moyens de détourner la "reproductibilité" infinie des photos aujourd'hui.

 

'Without Camera', Hopstreet Gallery, 109 Rue Saint-Georges, B-1050, Bruxelles, Belgique. Jusqu'au 8 juillet 2017.