David Hockney Rétrospective, Centre Pompidou, Paris

Si le hasard de vos pérégrinations estivales devait vous mener à Paris, n'hésitez pas à vous rendre au Centre Pompidou pour y découvrir l'impressionnante rétrospective consacrée à l'œuvre de David Hockney. L'artiste est, du haut de ses 80 ans d'âge et de ses six décennies de pratique, le doyen de la scène artistique britannique et l'une des figures les plus populaires de la scène artistique contemporaine.

Sur une quinzaine de salles, l'exposition retrace chronologiquement les différentes étapes de sa vie et cartographie au fur et à mesure les différentes influences stylistiques qui ont forgé son œuvre. Le visiteur suit l’évolution picturale d’un artiste en quête perpétuelle de nouveaux moyens d'exprimer sa sensibilité artistique.

Sa pratique foisonnante et éclectique s’articule autour d’une réflexion sur sa perception du monde et sur les modes de production des images. Les 160 œuvres qui jalonnent le parcours témoignent de sa dextérité. L’artiste dévoile la diversité de son univers à coups de pinceaux dans de larges tableaux exécutés à la peinture à l’huile d'abord et à la peinture acrylique ensuite, dans des gravures, dans des esquisses à l’encre et au crayon mais aussi dans des papiers teintés dans la masse, dans des assemblages de Polaroïds, dans des installations vidéos et dans des expérimentations sur iPad... La visite met en évidence les thématiques qui lui sont chères: les piscines californiennes certes mais aussi ses autoportraits, les portraits des membres de sa famille et de ses proches, les paysages sauvages de l'ouest américain et ceux champêtres de son Yorkshire natal.

Pacific Coast Highway and Santa Monica, 1990 [Pacific Coast Highway et Santa Monica] Huile sur toile 198 x 305 cm © David Hockney Photo : Steve Oliver Collection particulière, États-Unis

Pacific Coast Highway and Santa Monica, 1990 [Pacific Coast Highway et Santa Monica] Huile sur toile
198 x 305 cm
© David Hockney Photo : Steve Oliver
Collection particulière, États-Unis

Si la palette caractéristique de l'œuvre d'Hockney n'est pas apparente au début de sa carrière, ses toiles deviennent au fur et à mesure des années de plus en plus saturées de couleurs et une atmosphère lumineuse et solaire se dégage en fin de parcours.

Self Portrait, 1954 [Autoportrait] Collage sur papier journal 41,9 x 29.8 cm © David Hockney Photo : Richard Schmidt Bradford Museums and Galleries, Bradford

Self Portrait, 1954 [Autoportrait] Collage sur papier journal 41,9 x 29.8 cm © David Hockney
Photo : Richard Schmidt Bradford Museums and Galleries, Bradford

D’entrée de jeu, le visiteur comprend que les œuvres de jeunesse de David Hockney se situent au confluent de la figuration et de l’abstraction. Dans un de ses premiers autoportraits réalisé en 1954, l’étudiant du Bradford College of Art alors âgé de dix-sept ans, recompose sa silhouette excentrique de dandy en un collage de morceaux de papier colorés… Dans ses Love Paintings, peints pendant ses études au Royal College de Londres, il revendique son homosexualité sur la toile, homosexualité qui fera également l’objet d’une série de gravures réalisée après son premier voyage à New York (A Rake’s Progress, 1961-63).

Ses travaux font référence entre autres à Francis Bacon et à Jean Dubuffet, au Pop Art et à la peinture dite du champ coloré ("colorfield painting"), mais c'est l'influence de Pablo Picasso qui s’avérera la plus déterminante. Comme il l’explique: "il [Picasso] pouvait maîtriser tous les styles. La leçon que j’en tire c’est que l’on doit les utiliser tous."

Attiré par la qualité de la lumière et par l'hédonisme qui y règne, David Hockney s’installe à Los Angeles en 1964. La côte ouest des Etats-Unis devient alors le sujet et le décor des tableaux auxquels il doit sa renommée. C'est là que, pour citer Olivier Cena, le critique d'art du Télérama, "Hockney devient Hockney." Les salles suivantes permettent de découvrir de visu certaines de ses compositions les plus célèbres et les plus emblématiques.

La présence humaine n’est pas toujours explicitement représentée dans le décor et dans l'eau limpide de ses piscines, mais on la perçoit en filigrane, comme dans A Bigger Splash, 1967où Hockney capture de façon quasi-photographique les éclaboussures qui témoignent de l'instant décisif du plongeon d’un nageur.

A Bigger Splash, 1967 [Une gerbe d’eau encore plus grande] Acrylique sur toile 242,5 x 244 cm © David Hockney Collection Tate, London, purchased 1981

A Bigger Splash, 1967 [Une gerbe d’eau encore plus grande] Acrylique sur toile 242,5 x 244 cm © David Hockney Collection Tate, London, purchased 1981

David Hockney n’hésite pas à utiliser les avancées technologiques en matière de production et de reproduction des images pour développer ses recherches formelles. Au début des années 80, ses collages de polaroids (Joiners) abordent de façon presque cinématographique la notion de durée et introduisent une troisième dimension dans le cadre. Il fragmente l’image pour donner à voir, comme le cubisme avait pu le faire en peinture, une scène de plusieurs points de vues et pour évoquer le mouvement et le passage du temps...

Le parcours accorde une place importante aux œuvres plus récentes et nous montre comment Hockney a progressivement abandonné la perspective unique de la Renaissance et apprivoisé la "perspective inversée", théorisée par le mathématicien russe Pavel Florensky. Ce système optique multiplie les points de fuite et les place derrière le spectateur, l'englobant ainsi dans l’espace pictural représenté. Par ce biais, David Hockney nous propulse tour à tour à l'intérieur de sa demeure californienne, au bord de l’immensité saisissante du Grand Canyon et le long des chemins du Yorkshire. Les couleurs intenses rappellent parfois le fauvisme et les touches de pigments mauves, jaunes, rouges, verts, oranges et bleus semblent vibrer à la surface de certaines toiles.

Large Interior, Los Angeles, 1988 [Grand intérieur, Los Angeles, 1988] Huile, encre, papier collé sur toile 183,5 x 305,4 cm © David Hockney. Collection Metropolitan Museum of Art, New York, ourchase, Natasha Gelman gift, in honor of William S. Lieberman 1989

Large Interior, Los Angeles, 1988 [Grand intérieur, Los Angeles, 1988] Huile, encre, papier collé sur toile
183,5 x 305,4 cm © David Hockney. Collection Metropolitan Museum of Art, New York, ourchase, Natasha Gelman gift, in honor of William S. Lieberman 1989

9 Canvas Study of the Grand Canyon, 1998 [9 études sur toiles du Grand Canyon] Huile sur 9 toiles 100 x 166 cm © David Hockney. Photo : Richard Schmidt Richard and Carolyn Dewey

9 Canvas Study of the Grand Canyon, 1998 [9 études sur toiles du Grand Canyon] Huile sur 9 toiles
100 x 166 cm
© David Hockney. Photo : Richard Schmidt Richard and Carolyn Dewey

L'immersion est presque totale quand le visiteur se retrouve devant le monumental paysage intitulé Bigger Trees near Warter, 2007, une oeuvre qui se compose de 50 toiles et mesure plus de douze mètres de long.

Bigger Trees near Warter or/ou Peinture sur le motif pour le Nouvel Âge Post-Photographique, 2007 [Arbres plus grands près de Warter ou Peinture sur le motif pour le Nouvel Âge Post-Photographique, 2007] Huile peinte sur 50 toiles, 459 x 1225 cm © David Hockney Photo : Prudence Cuming Associates. Tate, Londres, presented by the artist 2008

Bigger Trees near Warter or/ou Peinture sur le motif pour le Nouvel Âge Post-Photographique, 2007 [Arbres plus grands près de Warter ou Peinture sur le motif pour le Nouvel Âge Post-Photographique, 2007] Huile peinte sur 50 toiles, 459 x 1225 cm © David Hockney Photo : Prudence Cuming Associates. Tate, Londres, presented by the artist 2008

Enfin, dans une des dernières salles et dans le souci permanent d’élargir sa "palette" et d'insuffler la vie à sa peinture et à son oeuvre, Hockney, après y avoir intégré la photographie, y intègre la vidéo et offre au regard le cycle des saisons sur des écrans juxtaposés (The Fours Seasons, Woldgate Woods, 2010-2011).

The Fours Seasons, Woldgate Woods, 2010-2011 (Spring 2011, Summer 2010, Autumn 2010, Winter 2010) [Les Quatre Saisons, Bois de Woldgate (printemps, 2011 ; été, 2010 ; automne, 2010 ; hiver, 2010)] 36 vidéos digitales synchronisées et présentées sur 36 moniteurs de 139 cm formant une seule œuvre 4 min 21 s © David Hockney. Collection de l’artiste

The Fours Seasons, Woldgate Woods, 2010-2011 (Spring 2011, Summer 2010, Autumn 2010, Winter 2010) [Les Quatre Saisons, Bois de Woldgate (printemps, 2011 ; été, 2010 ; automne, 2010 ; hiver, 2010)] 36 vidéos digitales synchronisées et présentées sur 36 moniteurs de 139 cm formant une seule œuvre 4 min 21 s © David Hockney. Collection de l’artiste

La rétrospective du Centre Pompidou nous fait plonger la "tête la première" dans l'univers protéiforme de David Hockney. Au fil de la visite, on se rend compte qu'à l'instar de ses paysages du Yorkshire, la carrière de cet artiste inclassable est une longue route sinueuse faite d'aléas et de tâtonnements, d'avancées et de remises en question... Comme le résume le commissaire d’exposition Didier Ottinger: "la force de David Hockney est de pouvoir se réinventer."

Nichols Canyon, 1980 Acrylique sur toile 213,5 x 152,5 cm © David Hockney Photo : Prudence Cuming Associates Collection particulière

Nichols Canyon, 1980 Acrylique sur toile 213,5 x 152,5 cm © David Hockney
Photo : Prudence Cuming Associates Collection particulière

 

David Hockney Rétrospective, Centre Pompidou, Place Georges-Pompidou, 75004 Paris, France. Jusqu'au 23 octobre 2017.