Copy of Copy of Richard Long, 'Along The Way', Fondation CAB

La Fondation CAB (Contemporary Art Brussels) offre à Richard Long sa première exposition personnelle dans le royaume depuis quarante ans. Along the Way (“Le long du chemin”) nous fait pénétrer de plain-pied dans l’univers minéral et épuré du sculpteur britannique et nous invite à aller à la découverte des empreintes qu’il laisse derrière lui.

Richard Long est né en 1945, en Grande-Bretagne. Il est sculpteur certes mais aussi photographe et peintre. Avec son compatriote Andy Goldsworthy et les américains Michael Heizer, Walter de Maria et Robert Smithson, il est l’une des figures majeures du Land art, le courant artistique né de la volonté des artistes de s’émanciper du cadre institutionnel ou marchand des musées et des galeries.

Depuis la fin des années 60, Richard Long sculpte des œuvres qui documentent les longues marches qu’il fait dans les régions rurales de sa Grande-Bretagne natale et dans les régions reculées de la planète.

Au cours de ses marches, il créé in situ des sculptures éphémères en pierre, en bois ou en boue qu’il arrange de manière géométrique et qu’il photographie. Certaines de ses sculptures sont destinées à être exposées. Elles peuvent être reconstituées dans différents contextes. Leur pérennité s’oppose au devenir aléatoire des œuvres in situ mais les deux approches se complètent et les sculptures exposées témoignent à leur manière des voyages et des expériences de l’artiste. En effet, si la nature demeure le « lieu d’exposition » primaire de son œuvre, en rapportant et en disposant à même le sol les matériaux naturels collectés au cours de ses marches, Richard Long fait pénétrer la nature dans les musées et les galeries et questionne le rapport de l’œuvre au site et du site à l’œuvre.

Les matériaux naturels qu’il livre à notre regard portent la trace du lieu de leur provenance et l’œuvre du plasticien devient ainsi autobiographique. En extérieur, Richard Long travaille toujours sans intervention mécanique et utilise les pierres telles qu’il les trouve. Les matériaux avec lesquels il réalise ses sculptures d’intérieur proviennent quant à eux le plus souvent de carrières locales. Les sculptures présentées dans le cadre de l’exposition de la fondation CAB sont en pierres calcaires blanches et brunes, en silex et en grès.

Quatre sculptures géométriques accueillent d’entrée de jeu le visiteur dans la pièce centrale. Along the Way, la sculpture circulaire composée de pierres calcaires blanches qui donne son nom à la rétrospective, a été réalisée in situ dans les locaux du CAB. Placés à même le sol de béton, les éléments trouvés «le long du chemin» sont agencés en des figures géométriques simples - un cercle, une ligne, une croix et un triangle- dont la rigueur contraste avec le « chaos » hasardeux de l’empilement des matériaux. Les sculptures qui jonchent le sol invitent le visiteur à réfléchir et à poser un regard neuf sur la dynamique que génère l’installation de matières minérales dans un espace créé par l’homme.

Chacune des pierres qui compose les sculptures est assez petite dans la mesure où, comme le déclare Richard Long son «travail dépend de ce que je suis capable de soulever avec mes mains ». Chaque pierre lui remémore son voyage et porte l’empreinte qu’il a laissée dans le paysage.

La marche est le terreau de sa pratique. Il s’impose des règles simples: déplacer des pierres pour ralentir son cheminement, substituer un objet à un autre. Il sculpte en marchant et questionne par ce biais la place de l’artiste dans la nature. Marcher en tant qu’art lui permet d’explorer les relations entre le temps, la distance, la géographie et les mesures topographiques.

Se revendiquant avant tout sculpteur, Richard Long évolue dans un espace quantifiable: cartes, photographies et légendes documentent le lieu, l’année et la durée de la marche. Ces trois manières de décrire son expérience font partie intégrante de sa pratique. Ses Text Works présentent les indices d’une œuvre plutôt que l’œuvre elle-même.

Deux dessins d’empreintes palmaires inspirés des peintures tribales Warli (la tribu warli vit dans le nord de l’Inde) sont accrochés sur les murs de l’exposition. Ces dessins ont été réalisés à la main avec la boue du fleuve Avon.

Plusieurs vidéos peuvent être visionnées dans l’espace projection de la fondation et permettent au visiteur d’approfondir, si le cœur lui en dit et si le temps le lui permet, le travail de l’artiste.

Comme les installations éphémères ont besoin de la pratique archivistique pour pouvoir perdurer dans le temps, un présentoir installé à l’entrée met en évidence catalogues d’expositions, invitations, brochures... et permet, à l’instar des posters d’expositions passées qui ornent les murs, de découvrir les différentes facettes du travail de Richard Long au fil des années.

Une visite à la Fondation CAB s’impose. L’architecture de style Art Deco des anciens entrepôts à charbon vaut en soi le détour. « Along the way » permet de comprendre comment, en utilisant des matériaux qu’il récupère dans la nature, Richard Long donne à son œuvre une « ligne » directrice et parvient à établir un lien entre nature et culture. En guise de conclusion, je me contenterai de citer Hubert Bonnet, le directeur de la Fondation CAB, « Richard Long incarne tout ce qui est remarquable et attractif dans l’art contemporain : il est radical, acharné et poétique ».