Léopoldine Roux, 'From Brussels with love', Maison des Arts de Schaerbeek

La Maison des Arts de Schaerbeek accueille, jusqu'au 10 décembre prochain, l'exposition de Léopoldine Roux, une artiste française basée à Bruxelles. Intitulée From Brussels with love, cette exposition permet non seulement de découvrir le travail poétique et ludique de l'artiste mais aussi le lieu qui lui sert d'écrin "coloré" avant sa fermeture pour rénovation en 2017.

Dans le vestibule de la vaste demeure, le visiteur est accueilli par deux imposants cadres en bois que Léopoldine Roux a trouvé in situ et dans lesquels elle a installé une trentaine de cartes postales d'époque glanées sur des marchés aux puces ou issues de correspondances familiales. Elle est intervenue sur chacune d'entre elles en sublimant le noir et blanc des lieux touristiques bruxellois par des "traces" de couleur réalisées au vernis à ongles. L'intitulé de l'exposition From Brussels with love renvoie au recto des cartes, rappelant ainsi leur fonction première et les messages qu'elles recèlent. La variation des interventions de l'artiste est étonnante: un camaïeu de jaune enjolive un arbre du Parc Josaphat tandis qu'une colonne lignée rose et blanc recouvre partiellement le monument au soldat inconnu et que le Palais de Justice se décline façon "pièce montée" couleur pastel...

Léopoldine Roux, From Brussels with love

Léopoldine Roux, From Brussels with love

Léopoldine Roux, From Brussels with love

Léopoldine Roux, From Brussels with love

Léopoldine Roux, From Brussels with love

Léopoldine Roux, From Brussels with love

Léopoldine Roux parvient à tisser le lien entre l'intime (la carte postale et le vernis à ongles) et l'espace public. Le geste et les moyens sont minimes mais ils sont empreints de sens et de poésie. En apposant sa marque de fabrique sur les cartes postales, l'artiste donne un nouveau souffle à l'image. En intervenant sur le paysage urbain du passé, elle amène le visiteur à imaginer ce que ces interventions "fictives" pourraient donner si elles étaient transposées dans la "réalité". Et c'est d'ailleurs ce que Léopoldine Roux nous invite à faire dans le jardin de la Maison des Arts en traduisant grandeur nature le travail proposé à petite échelle... Le résultat est surprenant et, sans vous ôter le plaisir d'aller le découvrir, je me contenterai de vous dire que la rhapsodie se décline en bleu... 

From Brussels with Love, vue de l'exposition.

From Brussels with Love, vue de l'exposition.

Dans trois des cinq salles de l'exposition, on découvre des portraits de personnalités locales réinterprétés mais aussi des coulées de peinture (Colors Escaped) et les Pot(e)s d'ateliers de l'artiste, des travaux en trois dimensions exposés dans la salle à manger (dite "salle Renaissance") et dans le grand salon. Par le biais des coulées, Léopoldine Roux donne littéralement corps à la peinture. Leur installation dans la salle Renaissance est particulièrement réussie dans la mesure où leurs couleurs pop se démarquent à merveille des lambris sombres et surchargés qui ornent les murs de la pièce. Avec la série Colors Escaped, l'outil de création devient le sujet, une sculpture de peinture qui "coule", un instant qui fige à jamais dans l'espace l'écoulement du temps et de la matière.

Léopoldine Roux, Color Escaped dans la salle Renaissance de la Maison des Arts de Schaerbeek.

Léopoldine Roux, Color Escaped dans la salle Renaissance de la Maison des Arts de Schaerbeek.

Les Pot(e)s d'atelier forment un parterre de sculptures personnifiant avec humour les outils d'ateliers qui, tels des totems, sont les témoins silencieux du processus créatif. Ici aussi, la fonction première de l'objet est modifiée... Les pots deviennent des objets décoratifs, des "potes" dont la forme anthropomorphique rappelle les poupées d'Alexis Girard.

Lépoldine Roux, Pot(e)s d'atelier

Lépoldine Roux, Pot(e)s d'atelier

Autre sensation dans la bibliothèque où deux gigantesques tableaux se font face et se "promènent" en déployant leur "verdoyance" exubérante et multicolore... Face à ses toiles frontales, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur le comment de leur réalisation et d'imaginer le mouvement du pinceau de l'artiste qui déposerait à l'infini ses pointillés par un mouvement de va-et-vient presque viscéral.

Léopoldine Roux, Promenades, détail.

Léopoldine Roux, Promenades, détail.

La visite de l'exposition m'a remémoré le travail du suisse Ugo Rondinone qui, à l'inverse de Léopoldine Roux, insère quant à lui ses monumentales sculptures colorées dans des paysages existants, dans des paysages de "carte postale". Les Seven Magic Mountains déposées dans le désert du Nevada et l'installation qui vient d'être inaugurée au Bass Museum à Miami à l'occasion d'Art Basel illustrent mon propos...

Ugo Rondinone, Seven Magic Mountains, 2016.

Ugo Rondinone, Seven Magic Mountains, 2016.

Dans le livret qui accompagne l'exposition Léopoldine Roux résume parfaitement sa démarche qui consiste à "mettre en place des processus de création simples pour répondre à la question 'comment peindre'". 

Maison des Arts de Schaerbeek, Chaussée de Haecht 147, 1030 Schaerbeek, Bruxelles. Jusqu'au 10 Décembre 2016.