Joel Meyerowitz, 'Where I Find Myself', Botanique

Le photographe américain Joel Meyerowitz, figure incontournable de la "photographie de rue", a pris ses quartiers au Botanique et ce jusqu'au 28 janvier prochain. La rétrospective intitulée Where I Find Myself  (Là où je me trouve), organisée en collaboration avec la Polka galerie de Paris, documente les différentes facettes et l'évolution de son travail. Des instantanés en noir et blanc côtoient des clichés en couleur et l'exposition, composée d'une centaine de tirages, s'articule de façon chronologique et thématique.

Né dans le quartier du Bronx à New York en 1938, Joel Meyerowitz débute sa carrière en tant que directeur artistique dans une agence de publicité. En 1962, il croise le chemin de l'illustre photographe Robert Frank et cette rencontre déterminante sert de déclencheur à sa nouvelle vocation. A ses débuts, il hésite entre la pellicule couleur et le noir et blanc alors considéré comme le sésame de la photographie d’art. Ce n'est qu'à partir des années 70 que Joel Meyerowitz décide de se consacrer exclusivement à la couleur et qu'il forge ainsi son style caractéristique. Il sera, à l'instar de ses contemporains Wiliam Eggleston, Joel Sternfeld et Tony Ray Jones, pour ne citer qu'eux, l'un des défenseurs de la légitimité artistique de la photographie couleur, jadis reléguée à la publicité, aux cartes postales ou à la pratique amateur.

 Joel Meyerowitz, 'Where I Find Myself', Botanique, Bruxelles, vue d'exposition. Image: Zoé Schreiber

Joel Meyerowitz, 'Where I Find Myself', Botanique, Bruxelles, vue d'exposition.
Image: Zoé Schreiber

La visite dévoile la polyvalence du vocabulaire visuel de Joel Meyerowitz. Tout l'inspire: les scènes de rue et les interactions qu'elles révèlent certes mais aussi les portraits et les paysages. Il sera le seul photographe à recevoir l'autorisation de documenter Ground Zero au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 et les clichés qui illustrent cette série constituent l'un des temps forts de l'exposition. Un documentaire ponctué d'entretiens accompagne la visite et donne corps au photographe derrière l'objectif.

Des photographies datées des années 60 ouvrent le bal et témoignent des débuts monochromes de Joel Meyerowitz. D'emblée, la rue devient le théâtre de ses images. Équipé de son Leica 35mm, il sillonne la Grosse Pomme et capture, dans le sillage de Cartier-Bresson, les "instants décisifs" qu'elle recèle et immortalise le tumulte de la foule et la chorégraphie des passants. Agile et discret, il sait se rendre invisible aux yeux des "sujets" qu’il photographie... Le moindre geste retient son attention et est susceptible de stimuler son regard... Photographier devient un acte de lecture du monde et un outil d'introspection.

Si à ses débuts Meyerowitz fait des situations insolites qu'il immortalise le centre de ses compositions, tel un réalisateur de cinéma, il élargit progressivement ses cadrages et innove en incluant un foisonnement d'éléments disparates dans un même espace photographique. Au fil du temps et de l’accrochage, ses images deviennent plus ambiguës: elles décrivent non seulement un sujet mais aussi le contexte dans lequel celui-ci se situe. Ce basculement dans sa démarche coïncide avec son passage définitif à la couleur. Dans la salle principale, des diptyques illustrent ce virage et juxtaposent des clichés pris simultanément avec deux appareils différents (l'un chargé d'une pellicule noir et blanc et l'autre d'une pellicule couleur).

Joel Meyerowitz explore l'impact émotionnel de la couleur. Posté au coin d'une rue ou à la sortie d'une bouche de métro, il joue avec l’effet dramatique des zones d'ombres et l'intensité des tonalités.

 Joel Meyerowitz,  New York , 1975 © Joel Meyerowitz Image courtesy: Polka Galerie, Paris et Le Botanique, Bruxelles

Joel Meyerowitz, New York, 1975
© Joel Meyerowitz
Image courtesy: Polka Galerie, Paris et Le Botanique, Bruxelles

Dans une de ses images les plus iconiques (Paris, France, 1967), il fige sur le vif un ouvrier qui contourne le corps d'un homme à terre à la sortie du métro et les spectateurs qui assistent à la scène. Dans un autre cliché, il donne une dimension politique au portrait d'une jeune danseuse (Young Dancer, 1978) en capturant dans la composition de son image le fronton d'un immeuble recouvert du logo du mouvement "Black Power"...

En 1974, en quête d’une relation différente à la prise de vue, il rajoute une corde à son arc et acquiert une chambre photographique 8x10 qui lui permet d'inscrire sa pratique dans la durée et d'adopter une approche plus méditative. Il passe ses étés dans la station balnéaire de Cape Cod dans le Massaschussets et s'attèle à capter les jeux de lumière sur le paysage. Ses tirages grands formats gagnent en subtilité chromatique. Ces compositions épurées sont exposées au deuxième étage et évoquent alternativement la beauté singulière d’une personne, la qualité artificielle d’un éclairage au néon ou encore la magie du crépuscule...

Joel Meyerowitz s'intéresse enfin à la nature morte. Il immortalise les cinq éléments dans un corpus qui frôle l'abstraction et fait l’inventaire des objets trouvés dans l’atelier de Cézanne qu'il présente sur fond gris et sous forme de grille.

La rétrospective du Botanique dresse le bilan de la carrière d’un photographe au sommet de son art, d'un chercheur d'images à l'enthousiasme contagieux et à la curiosité insatiable...  Where I Find Myself illustre si besoin est qu'une des clefs du succès de Joel Meyerowitz est d'avoir appris à déjouer le hasard et à être parvenu à toujours se trouver au bon endroit au bon moment.

 

Joel Meyerowitz, 'Where I Find Myself', Botanique, Rue Royale 236, B-1210 Saint-Josse-ten-Noode, Bruxelles, Belgique. Jusqu'au 28 janvier 2018.

NB: Le 18 janvier 2018 à 20h, Joel Meyerowitz sera présent au Botanique pour une rencontre et une visite de l'exposition, suivie d'une séance de dédicace de son nouveau livre Where I Find Myself : A Lifetime Retrospective (2018).

Copyright © 2018, Zoé Schreiber