Alex Webb, 'Errand & Epiphany', A. Galerie

Errand & Epiphany nous invite à découvrir ou re-découvrir le travail d'Alex Webb, "street photographer" américain, membre de la prestigieuse Agence Magnum et coloriste hors du commun.

La A. Galerie expose sur deux étages une vingtaine de tirages qui documentent les voyages que le photographe a effectué au cours des trente dernières années.

Une première image, prise de nuit à Comitán au Mexique, nous accueille. Une demi-ellipse rouge cerise court le long de la façade rugueuse du bâtiment et guide le regard vers le chien imperturbable qui monte la garde. Son profil est rétro-éclairé par un néon vert qui illumine un sol caillouteux. Au loin, un lampadaire brille dans l'obscurité et redessine le paysage. On ne sait si le soleil vient de se coucher ou s'il est sur le point de se lever et les tubes fluorescents rendent la photo froide et mystérieuse... On imagine le son de l'obturateur de l'appareil d'Alex Webb quand, au détour d'une ruelle, il est "tombé" sur cette scène qu'il captura pour le plaisir de nos yeux. "La magie de la rue c'est le mélange d'errance et d'épiphanie," observe l'écrivaine américaine Rebecca Solnit dans son essai Wanderlust: A History of Walking (2000).

Alex Webb, Comitan, Mexico, 2007. Image courtesy A. Galerie

Alex Webb, Comitan, Mexico, 2007. Image courtesy A. Galerie

Alex Webb, Errand & Epiphany, vue de l'exposition, A. Galerie

Né à San Francisco en 1952, Alex Webb grandit sur la côte Est des Etats-Unis. Il étudie à Harvard et commence, à l'instar de tous les photographes de sa génération, à photographier en noir et blanc. Ses premiers voyages en Haïti et au Mexique à la fin des années 70 vont marquer un tournant décisif dans son travail. Ces pérégrinations vont l'emmener dans des pays où les tensions politiques et sociales sont immédiatement perceptibles et où, contrairement à la Nouvelle-Angleterre, la vie et son théâtre s'exposent à même la rue de façon plus brutale. Il va aussi comprendre progressivement la résonance et l'omniprésence de la couleur des lieux qu'il photographie et apprivoiser rapidement ce nouveau mode d'expression qui va devenir sa signature artistique. Comme il l'explique: "mes images sont des réponses au monde. Je me considère comme un promeneur et un découvreur du monde. Ce qui m’intéresse, c’est comment la couleur peut créer différents espaces dans le cadre de la photo."

Alex Webb flâne et arpente les rues des heures durant à la recherche de la bonne image: "le hasard joue un rôle essentiel. Ce type de travail se traduit à 99,9% par un échec." Les "instants décisifs" qu'il immortalise ont une qualité surréelle et la minutie de ses compositions est impressionnante. La photographe indienne Dayanita Singh décrit d'ailleurs les photographies de celui qui a été son professeur comme des "photographies à migraine": les personnages qui les habitent interagissent entre eux, de larges zones d'ombre d'un noir opaque sculptent l'espace, plusieurs points focaux les structurent et les plans se superposent et accentuent la profondeur de champs. Si certains cadrages rappellent des tableaux, le mouvement, figé au bon moment, offre à notre regard des instants de grâce.

Alex Webb, Tehuantepec, Mexico, 1985. Image courtesy A. Galery

Alex Webb, Tehuantepec, Mexico, 1985. Image courtesy A. Galery

Alex Webb, Nuevo Laredo, Mexico, 1996. Image courtesy A. Galerie

Alex Webb, Nuevo Laredo, Mexico, 1996. Image courtesy A. Galerie

Alex Webb, Plant City, Florida 1989. Image courtesy A. Galerie

Alex Webb, Plant City, Florida 1989. Image courtesy A. Galerie

Alex Webb, Havana, Cuba, 2001. Image courtesy A. Galerie

Alex Webb, Havana, Cuba, 2001. Image courtesy A. Galerie

En parcourant l'exposition, je n'ai pu m'empêcher de penser au travail du peintre coloriste britannique Howard Hodgkin (1937-2017). Ce-dernier développa une œuvre lumineuse qui s'efforça de traduire picturalement les "vues" glanées au cours de ses nombreux voyages, en Inde notamment... Comme Alex Webb, Hodgkin "capturait" les atmosphères qui s'imposaient à lui. Il les gravait dans sa mémoire pour les retranscrire a posteriori sur ses tableaux. Bien que les approches et les médiums soient différents, le rapprochement entre la capacité de ces deux artistes à susciter l'émotion par la couleur m'interpelle.

Lorsqu'on lui demande ce qu'est, selon lui, une bonne photographie, Alex Webb répond que c’est "une photographie qui emporte ceux qui la regarde quelque part où ils n'ont encore jamais été". Si telle est son ambition, sa mission est réussie tant ses clichés, à la fois sombres et lumineux, chaotiques et harmonieux, nous invitent au voyage.

A titre d'information, la rétrospective que le Palais de la Bourse consacre au photojournaliste américain Steve McCurry (The World of Steve McCurry), est un autre rendez-vous photographique à ne pas manquer.

 

Alex Webb, Errand & Epiphany, A. Galerie, 25 Rue du Page, B-1050, Bruxelles, Belgique. Jusqu'au 20 mai 2017.

Copyright © 2017, Zoé Schreiber