Depuis plusieurs mois déjà, l’archipel indonésien est en proie aux flammes. Des îles de Sumatra à Borneo, ce sont près de deux millions d’hectares de forêt qui sont déjà partis en fumée, soit l’équivalent de douze fois la superficie de la ville de Londres. Déclenchés par le défrichement par brûlis, une pratique qui bien qu’illégale est courante dans les plantations d’huile de palme, et amplifiés par la sécheresse des sols exacerbée par El Niño, ces incendies incontrôlables se sont répandus comme une trainée de poudre. Des mégafeux de forêt et de tourbières qui rappellent ceux qui ont ravagé l’Indonésie en 2015. Les conséquences néfastes du brasier se font sentir à des kilomètres à la ronde, dans la capitale Jakarta et bien au-delà. Attisés par le vent, les nuages de fumées toxiques, composés de milliers de particules fines, ne connaissent en effet pas de frontières. Ils se sont propagés dans les pays voisins et ont dégradé la qualité de l’air en Malaisie, à Singapour et même aux Philippines. La pollution causée par cette brume transfrontalière atteint des seuils critiques et le simple fait de respirer est devenu nocif pour la santé des habitants des régions concernées… Le tableau de Ditte Ejlerskov évoque l’épais brouillard ocre qui plonge le ciel d’une partie de l’Asie du Sud-Est dans un clair-obscur tout droit sorti d’un film de science-fiction.
La crise environnementale provoquée par les fumées toxiques menace aussi la survie de la faune indonésienne et tout particulièrement celle des orangs-outans, une espèce endémique des forêts de Sumatra et de Bornéo qui est d’ores et déjà classée en danger critique d’extinction. Plusieurs de ces grands singes ont été secourus et évacués ces dernières semaines et on se plaît à espérer qu’ils retrouveront bien vite la liberté et, comme le suggère l’œuvre John Meyer, leur habitat naturel.
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Zoé Schreiber
