NEWSLETTER • 25 JUIN 2022

ÉDITORIAL • 25 JUIN 2022

Le 19 juin, le deuxième tour des élections législatives françaises a coïncidé avec l’élection présidentielle colombienne. La quatrième puissance économique d’Amérique latine a, pour la toute première fois en 212 ans d’indépendance, évincé les conservateurs et les libéraux et a, par un vote historique, consacré la victoire du premier président de gauche de son histoire. Si le pays a bel et bien plébiscité le changement, la tâche qui attend le nouveau président est colossale. Qui dit changement dit incertitude mais, comme le laisse envisager l’installation de Gabriel Sierra, le changement peut aussi mener vers de nouveaux horizons et accroître le champ des possibles.

Il y a plus de 61 ans, Patrice Emery Lumumba, héros de l’indépendance et éphémère premier ministre du Congo ex-belge est arrêté, torturé et assassiné dans des circonstances à ce jour encore troubles. Dissous dans de l’acide, ni son corps ni ceux de ses deux frères d’armes ne seront jamais retrouvés. Il faudra attendre plusieurs décennies pour apprendre qu’un policier belge ayant participé à la disparition des corps avait conservé des restes humains en Belgique. En début de semaine, une dent de Patrice Lumumba ayant valeur de “relique” a symboliquement été restituée à la famille d’abord et aux autorités congolaises ensuite. Le portrait de William Kentridge souligne de façon subliminale que si l’homme passe, sa renommée survit. Lumumba reste un martyr de l’ère des décolonisations et une figure incontournable, tant sur le continent africain qu’ailleurs, de la résistance à l’impérialisme.

Déjà aux prises avec une crise humanitaire et financière, l’Afghanistan vient d’être frappé par une nouvelle tragédie. Un violent tremblement de terre a secoué, dans la nuit de mardi à mercredi, deux provinces rurales et montagneuses situées à la frontière pakistanaise. L’ampleur de la catastrophe est énorme. Les autorités font état de plus d’un millier de morts et nombre de personnes restent encore piégées sous les décombres de leurs maisons effondrées. Le sentiment de désolation qui se dégage du tableau d’Ibrahim Ismail traduit à lui seul la force destructrice et imprévisible de la nature.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 18 JUIN 2022

ÉDITORIAL • 18 JUIN 2022

Afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre et de lutter contre le réchauffement climatique, la Commission européenne a validé, au début du mois de juin, l’interdiction de la vente de voitures neuves roulant à l’essence et au diesel à partir de 2035. La proposition permettrait de réduire à zéro les émissions de CO2 sur les routes de France et de Navarre et d’atteindre, d’ici 2050, la “neutralité carbone”. Bien que le texte ne s’applique pas au marché des voitures d’occasion, il impacte de facto tout le secteur automobile dans la mesure où seuls les véhicules 100% électriques seraient à même de répondre à cette exigence. Certes, la date d’échéance de 2035 préconisée par le GIEC semble à ce stade encore lointaine mais une chose est sûre: si elle sont adoptées par les 27 états membres, les nouvelles réglementations environnementales entérineront l’obsolescence programmée et la disparition progressive des voitures immortalisées dans l’oeuvre de Julian Opie.

Une canicule d’une précocité et d’une intensité inédite frappe de plein fouet nos contrées. L’été n’a pas encore officiellement commencé que la chaleur extrême est sur toutes les lèvres. Exceptionnels il y a quelques années encore, les épisodes caniculaires sont à la fois plus fréquents, plus intenses et plus longs. Ils constituent un marqueur sans équivoque du réchauffement climatique et, force est de constater, que l’exception d’hier devient peu à peu la règle… Comme le laisse deviner le thermomètre qui figure sur le tableau de Jasper Johns, il fait chaud, il fait de plus en plus chaud et le mercure devrait encore s’affoler et tutoyer des records… On ne peut qu’espérer que la dégradation orageuse annoncée entraînera dans son sillage une accalmie et un retour progressif à des températures conformes aux normales saisonnières.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 11 JUIN 2022

ÉDITORIAL • 11 JUIN 2022

Le constat est sans appel: les couleurs des récifs coralliens perdent de leur superbe au fil des années. Menacés tant par la pollution que par la surpêche et le réchauffement climatique, leur blanchissement et, plus précisément le blanchissement du plus grand d’entre eux, inquiète la communauté scientifique. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, la Grande Barrière de corail s'étend sur plus de 2000 kilomètres le long de la côte nord-est de l'Australie et est, en termes de biodiversité, l’un des écosystèmes les plus riches de la planète. L’ampleur de la décoloration est inédite. Pour assurer leur propre survie, les coraux sont en effet contraints d’expulser les microorganismes qui les nourrissent et les pigmentent. Les coraux blanchis sont à ce jour encore vivants mais le stress thermique intense auquel ils sont soumis les met en peril. D’un blanc fantomatique, le corail de Valéria Nascimento rappelle implicitement que, si les périodes de stress persistent et s'intensifient, les récifs sont condamnés, à plus ou moins longue échéance, à une mort certaine.

Depuis le début de la conquête spatiale et le lancement du premier satellite Spoutnik 1 par l’URSS en 1957, plusieurs milliers de tonnes d’objets ont été mis en orbite autour de la Terre. La prolifération de débris générés par ces engins est exponentielle et l’espace s’apparente lentement mais sûrement à une vaste déchetterie. Fragments de fusées, satellites inertes ou en fin de vie, outils et équipements abandonnés ou égarés par des astronautes dans le cadre de missions, débris volants qui entrent en collision et se brisent en nanoparticules… Ce sont des milliers de déchets d’origine humaine qui gravitent dans le ciel et leur quantité ne fait qu’augmenter, tant et si bien que la pollution spatiale, pourrait devenir, après la pollution terrestre, l’un des grands enjeux des années à venir. N’ayant jamais pu être déployé et n’ayant pas à ce jour encore été localisé, “le premier satellite à exister seulement en tant que geste artistique” de Trevor Paglen a, selon toute vraisemblance, rejoint les autres debris spatiaux qui flottent au-dessus de nos têtes.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 4 JUIN 2022

ÉDITORIAL • 4 JUIN 2022

Il y a une vingtaine de jours, un cétacé a tenu en haleine scientifiques et badauds. Spectacle insolite s’il en est, le mammifère marin errait en beau milieu de Seine, à mi-chemin entre Rouen et Le Havre. Déjà précaire, l’état de santé de l’orque s’est dégradé au fil des jours et les efforts pour la ramener vers l’embouchure du fleuve et, par voie de conséquence, vers la mer se sont avérés vains. Le pronostic vital étant engagé, les vétérinaires ont décidé de mettre fin à ses souffrances mais ils ont été pris de court dans la mesure où le corps du mammifère a été retrouvé sans vie. Animal plus solitaire que l’orque, la baleine de W. Tucker suggère néanmoins qu’apercevoir un épaulard en errance au large des côtes de la Manche et, a fortiori, dans la Seine, reste exceptionnel.

Après des mois de sécheresse, le nord-est du Brésil et la région de Recife en particulier ont dû faire face à des pluies diluviennes. Chronique d’une catastrophe certes annoncée par les services météorologiques mais, catastrophe qui n’a pu être évitée. Il est tombé, en l'espace de quelques heures, le volume de trois semaines de pluie. Les inondations ont non seulement provoqué le débordement des rivières mais aussi des glissements de terrain et l’effondrement de maisons emportées par des torrents de boue. Déjà lourd, le bilan humain pourrait encore s’alourdir dans la mesure où les prochaines semaines s'annoncent pluvieuses. La plupart des victimes, des disparus et des sans abris résidaient dans des bidonvilles construits à flanc de colline ou en zone marécageuse. L’œuvre de Nicholas Monro laisse deviner la puissance dévastatrice de l’eau qui, tel un rouleau compresseur, balaye tout sur son passage.

Coup d’envoi des festivités marquant les 70 ans de règne d’Élizabeth II en cette fin de semaine. Le moment est historique. Immensément populaire, la reine accède au trône à l’âge de 25 ans et est la première monarque britannique de l’histoire à célébrer son jubilé de platine. Si la photographie d’Hiroshi Sugimoto ne fait qu’immortaliser un mannequin de cire, elle a le mérite de rappeler que la reine de tous les records représente à elle seule la mémoire collective du Royaume-Uni.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 28 MAI 2022

ÉDITORIAL • 28 MAI 2022

Depuis le mois de février, le pays le plus riche et le plus puissant du monde doit faire face à une pénurie inédite. La pénurie porte sur le lait maternisé et elle est telle que le président américain a été contraint d’instaurer, en début de semaine, un pont aérien en provenance d’Europe pour pallier les ratés (fermeture provisoire pour raisons sanitaires de la principale usine de l’un des 3 géants du secteur, manque de matières premières et de main d’oeuvre…) constatés sur les chaînes d’approvisionnement. Quand on sait qu’au pays de l’oncle Sam, le congé de maternité n’existe pas et que, dès lors, nourrir les bébés au lait infantile est la règle plutôt que l’exception, on mesure l’ampleur de la crise et le désarroi des parents. Le nourrisson qu’Alice Neel offre à notre regard rappelle de façon subliminale que si le bonheur s’apprend dès le berceau, les rires éclatent mieux encore quand nourriture il y a…

100 millions… La barre de 100 millions de personnes déracinées de force dans le monde a été franchie. Le chiffre donne le tournis dans la mesure où, sur les plus de 195 pays que compte le monde, seuls 13 d’entre eux ont une population supérieure ou égale à 100 millions d’habitants. Si les théâtres de guerre sont les principaux concernés par l’exode des populations, d’autres événements tels que les inondations, les tempêtes, les cyclones ou encore les sécheresses contraignent et forcent les populations à se déplacer… Des réfugiés climatiques ou écologiques dont le nombre ne fera que s’accroître. Objets éphémères par excellence, les valises qui flottent à la surface de l’eau photographiées par Maria Friberg symbolisent à elles seules l’exil et le déracinement.

Dix jours après la fusillade raciste dans un supermarché de Buffalo dans l’Etat de New York, c’est un nouveau carnage qui endeuille l’Amérique. Le bilan est lourd. Après avoir acheté légalement un fusil d’assaut, un adolescent d’à peine 18 ans a ouvert le feu sans motif apparent dans une école au Texas et fait 21 morts dont 19 enfants d’une dizaine d’années. La sobriété du marquage à la craie blanche dépeint par Forrest Bess souligne si besoin est que, même après le retrait des corps des victimes, l’horreur des crimes continue à hanter les esprits.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 21 MAI 2022

ÉDITORIAL • 21 MAI 2022

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt et seuls les plus matinaux d’entre nous ont pu voir, en début de semaine, la pleine lune toute de rouge vêtue. Pour pouvoir admirer ce spectacle, Soleil, Terre et Lune doivent être alignés en rang d’oignon et la planète bleue doit se situer exactement entre l’astre roi et l’astre nocturne et priver de ce fait son satellite de la lumière émise par l’étoile. Les éclipses lunaires totales sont des phénomènes astronomiques rares. L’éclipse que nous propose Thomas Ruff laisse deviner la magie de cet alignement spectaculaire.

“Un crime raciste motivé par la haine” a endeuillé un quartier afro-américain de la ville de Buffalo à l’extrême nord de l’état de New-York samedi dernier. Muni d’un fusil d’assaut, un adolescent de 18 ans a fait 13 victimes dont 10 ont perdu la vie. Si le passage à l’acte du jeune suprémaciste blanc a marqué les esprits, ce n’est pas le seul passage à l’acte à déplorer… En un seul week-end, de Buffalo à Houston au Texas, ce ne sont pas moins de 8 tueries qui ont défrayé la chronique outre-Atlantique. Un week-end somme toute presque comme un autre en Amérique où, depuis le début de l’année, on dénombre déjà plus de 200 fusillades dans des lieux publics. Tel un mémorial aux victimes de cette violence armée, l’installation de Felix Gonzalez-Torres rend hommage à celles et ceux qui ont perdu la vie et rappelle de façon subliminale que ne meurent que ceux que l’on oublie.

L’Inde, le deuxième producteur mondial de blé, a annoncé, au grand dam des autres nations, mettre un embargo sur ses exportations afin de pouvoir répondre aux besoins de sa population. Après la suspension des livraisons de blé en provenance d’Ukraine et de Russie, c’est un nouveau coup de tonnerre qui secoue le marché des céréales et fait craindre non seulement une flambée des prix mais aussi une pénurie mondiale. Le champ de blé semé dans le quartier financier de Manhattan en 1982 par Agnes Denes est plus que jamais d’actualité et nous amène à réfléchir à la gestion des ressources alimentaires, à la famine qui menace les pays les plus dépendants et au poids économique du commerce de l’or jaune.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 14 MAI 2022

ÉDITORIAL • 14 MAI 2022

Depuis la prise du pouvoir par les talibans en août 2021, les restrictions imposées à la gente féminine sont de plus en plus contraignantes en Afghanistan. Les droits acquis au cours des vingt dernières années sont réduits à néant et les femmes et jeunes filles sont une nouvelle fois progressivement exclues de la vie politique, économique et sociale, et privées d’éducation. Après leur avoir imposé un code vestimentaire strict, la dernière mesure en date entérine l’obligation du port du voile intégral dans l’espace public et les exhorte à rester à la maison. La burqa ou tchadri recouvre non seulement l’intégralité du corps mais aussi le visage et le regard qui disparaissent derrière un grillage en tissu. Si la tapisserie de Jennifer Guidi atteste de l’omniprésence dudit vêtement en 2014, elle nous incite surtout à réfléchir sur la différence entre la liberté individuelle de choisir de le porter et l’obligation religieuse de le faire.

L’été se profile lentement, sûrement et prématurément à l’horizon et les températures de ce joli mois de mai devraient largement dépasser les normales saisonnières dans les jours à venir. Qui dit épisode de chaleur, dit aussi risque de sécheresse des sols. La préservation des ressources en eau et l’assèchement des nappes phréatiques font d’ores et déjà la une des journaux. Le tapis vert du gazon dépeint par David Hockney rappelle qu’il fut un temps, il n’y a pas si longtemps, où l’arrosage en continu des pelouses était encore monnaie courante… Le réchauffement climatique nous enjoint actuellement à utiliser l’eau avec bien plus de parcimonie.

Crée en 2008, le Bitcoin (BTC) est la première des cryptomonnaies. Si le BTC reste la cryptomonnaie de référence, il existe aujourd’hui des milliers de monnaies virtuelles et leur poids économique est incontestable. En fin de semaine, l’une d’entre elles a plus que jamais fait parler d’elle en dévissant brutalement. Intitulée Paysage économique, l’œuvre de Franck Scurti laisse deviner la volatilité des marchés financiers où hausses spectaculaires tutoient parfois krachs retentissants.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 7 MAI 2022

ÉDITORIAL • 7 MAI 2022

À l’instar de l’Australie, de Singapour ou encore de Taïwan, la Nouvelle-Zélande a mené, depuis le début de la pandémie, une politique dite de “zéro Covid”. Après deux ans d’isolement, le pays des kiwis vient lui aussi de rouvrir grand ses portes au monde et autorise à nouveau les touristes et voyageurs, en provenance de pays bénéficiant d’accords d’exemption de visa, à franchir ses frontières. Inspirée du tableau intitulé “La victoire” de René Magritte, la porte entrouverte et démurée de Gavin Turk évoque le passage d’un univers à un autre mais donne surtout le sentiment d’une liberté retrouvée.

La Chine est le dernier pays à persister et signer une stratégie très contraignante pour enrayer la propagation du coronavirus. Le variant Omicron confronte pourtant le géant asiatique à son pire rebond épidémique depuis le printemps 2020. La politique sanitaire de l’Empire du Milieu impose à sa population des mesures de confinement strictes et des dépistages à grande échelle et à intervalles réguliers. L’homme dépeint par Fang Lijun semble perdre pied et la détresse voire la panique qui se lisent sur son visage laissent deviner de façon subliminale les sentiments de privation de liberté, d’oppression et d’enfermement auxquels doivent aujourd’hui encore faire face des millions de chinois.

En s’appuyant sur une fuite sans précédent, un média américain a publié un article qui a provoqué un tollé outre-Atlantique. Ledit article révèle que la Cour suprême serait sur le point de remettre en question la liberté des femmes à disposer de leur corps. La remise en question du droit constitutionnel à l’avortement par l’abrogation de l’arrêt dit “Roe v. Wade” se traduirait par un retour à la situation en vigueur avant 1973 et permettrait à chaque État d'interdire ou d'autoriser les avortements. Il va sans dire que, dans un monde idéal, l’avortement n’aurait pas lieu d’être, que dans un monde idéal, aucune femme ne tomberait enceinte sans le vouloir, que dans un monde idéal, il n’y aurait ni viol ni inceste… L’œuvre de Judith Bernstein dénonce la pérennité de la domination masculine sur le corps des femmes et rappelle que, quels que soient les acquis, il ne faut jamais baisser la garde.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 30 AVRIL 2022

ÉDITORIAL • 30 AVRIL 2022

Cette année, Cecilia Alemani, la commissaire italienne de la 59ème édition de la Biennale de Venise, a fait le pari de mettre les femmes à l’honneur. C’est la première fois en 127 ans d’histoire que, sur les 213 artistes conviés à la plus prestigieuse vitrine d’art contemporain, on ne compte que 21 hommes. Sur les 7 lauréats du palmarès, 6 sont des femmes et deux Lions d’or ont récompensé des femmes noires. La sculptrice américaine Simone Leigh a remporté celui de la meilleure participante à l’exposition principale. Le buste de femme tout de bleu émaillé contribue, à l’instar de ses sculptures vénitiennes, à renverser le regard dominant et à célébrer la place des femmes noires.

Afin de garantir la vie pour ne pas dire la survie de l’espèce humaine sur terre, la communauté scientifique estime que 9 grands équilibres (changement climatique, érosion de la biodiversité, perturbations du cycle de l’azote et du phosphore, déforestation, pollution chimique, cycle de l’eau douce, acidification des océans, dégradation de la couche d’ozone, augmentation des aérosols atmosphériques) doivent être respectés. Les chercheurs ont tiré la sonnette d’alarme dans une étude publiée en janvier dernier dans la mesure où, à ce jour, sur les 9 seuils planétaires à ne pas franchir, les 5 premiers ont d’ores et déjà été dépassés. L’Union européenne a annoncé vouloir, pour protéger tant les populations que l’environnement, interdire d’ici 2030 les polluants toxiques (plastiques, microparticules, retardateurs de flamme, produits chimiques…) Il va sans dire que la Commission s’attaque ici à un enjeu majeur. Assemblée à partir de débris en plastique rejetés par notre société, la palette de Tony Cragg met non seulement en exergue leur omniprésence dans notre quotidien mais aussi leur potentiel artistique.

Si le réchauffement climatique est planétaire, il est des contrées particulièrement vulnérables. Un épisode de chaleur caniculaire frappe actuellement l’Inde et le Pakistan. Les températures flirtent avec les extrêmes et ce sont les plus démunis, ceux qui ne peuvent envisager se rafraîchir grâce aux ventilateurs qu'immortalise la photographie de Graciela Iturbide, qui trinquent.

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NEWSLETTER • 23 AVRIL 2022

ÉDITORIAL • 23 AVRIL 2022

Après s’être succédés sur les plateaux de télévision sans jamais se croiser, les deux candidats en lice pour la présidence française se sont enfin retrouvés face à face ce mercredi. Qui dit retrouvailles, dit aussi impression de déjà-vu. Le débat tant attendu de l’entre-deux-tours comme un bis repetita du débat qui les avait mis en présence il y a cinq ans. Bis repetita certes, mais, si on a bien pris les mêmes pour mieux recommencer, la donne du match retour n’était pas la même. Cinq ans, c’est long, même si on a le sentiment que c’était hier. Cinq ans pour rectifier la piètre performance de l’un face à l’autre. Cinq ans pour tirer le bilan de celui qui avait hier pris le dessus. Sans surprise, les deux camps ont revendiqué la victoire de leur candidat à l'issue du débat. Le dessin de Paul Klee laisse pourtant entendre que, rares sont les duels sans vainqueur ni vaincu.

Célébrée pour la toute première fois en 1970 aux États-Unis, la journée internationale de la Terre a fait des émules et est aujourd’hui commémorée, tous les 22 avril, un peu partout dans le monde. La Journée de la Terre 2022 intervient après la publication, il y a 3 semaines, du dernier volet du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ledit rapport a mis en lumière les pistes à suivre pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et freiner, par voie de conséquence, le réchauffement climatique. On se plaît à espérer que les politiques tiendront compte du souhait des citoyens et qu’ils “verdiront” progressivement leurs programmes pour faire plus de place à l’écologie et à l’environnement. Comme le rappelle de façon subliminale l’installation d’Andy Goldsworthy, notre terre nourricière nous porte et subvient à nos besoins et on se doit de prendre soin d’elle comme elle prend soin de nous…

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 16 AVRIL 2022

ÉDITORIAL • 16 AVRIL 2022

À la fois fragile et délicate, la fleur de coquelicot est devenue, depuis la première guerre mondiale, tant en Angleterre qu’outre-Atlantique, un symbole du souvenir de ceux qui ont servi leur pays ou qui sont morts pour lui… Même s’ils s’inscrivent sur fond hollywoodien, les coquelicots rouge sang du tableau de Nicole Eisenman rappellent qu’en temps de guerre, malgré les promesses d’épargner les civils, le tribut à payer par la population est toujours lourd.

La cavale de l’homme qui a semé la panique et fait 23 blessés dont 10 par balles dans une station du métro new-yorkais en début de semaine a pris fin au bout de 24 heures. Les fusillades dans des lieux publics sont fréquentes au pays de l’oncle Sam. Pas un mois sans que la violence aveugle ne défraie la chronique. Selon l’ONG Gun Violence Archive, les armes à feu prolifèrent aux Etats-Unis et ont d’ores et déjà fait plus de 10 000 victimes cette année, suicides inclus. À l’instar de la liberté d’opinion ou de la liberté religieuse, la détention d’armes à feu est une liberté individuelle garantie par le deuxième amendement de la constitution et les tentatives de réguler leur vente sont souvent bloquées par le puissant lobby des armes NRA (National Rifle Association). Le revolver d’Andy Warhol souligne si besoin est l’omniprésence de la violence dans la culture populaire et les médias et la popularité des armes à feu dans la société américaine.

Amoureux du 7ème art, réjouissez-vous! Les jours heureux sont de retour et la 75ème édition du festival de Cannes retrouve enfin son calendrier habituel et se tiendra du 17 au 28 mai prochain. Les films en lice on été annoncés ce jeudi. Bien que prise en plein air, la photographie de Hiroshi Sugimoto traduit bien la magie du grand écran et le charme des salles obscures.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 9 AVRIL 2022

ÉDITORIAL • 9 AVRIL 2022

45 jours que la guerre fait rage aux portes de l’Europe, 45 jours que la guerre s’est immiscée dans notre quotidien, 45 jours que nous assistons, impuissants, par écrans interposés, au spectacle de la violence, de la destruction et de la mort. À force de regarder passivement les atrocités commises, on finit par se résigner à accepter l’inacceptable. En nous confrontant au tabou de la mort, les visages délavés en gros plan de Marlène Dumas nous invitent à nous demander si la profusion d’images n’entraîne pas la banalisation de l’horreur.

En début de semaine, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié le troisième et dernier volet de son rapport sur le changement climatique. Les conclusions sont sans appel: si on ne prend pas les mesures qui s’imposent, “nous marchons les yeux fermés vers la catastrophe…” À ce stade, bien qu’irréversible, le rythme du réchauffement climatique peut encore être freiné. Le défi est de taille et, pour le relever, il est non seulement primordial de trouver des solutions pour réduire les émissions mondiales des gaz à effet de serre mais aussi de revoir nos modes de vie et nos habitudes de consommation et de production. Certes, l’envie de faire comme si de rien n’était, l’envie, à l’instar de l’homme dépeint par Ed Ruscha, de tourner le dos et de faire fi des injonctions des scientifiques est bel et bien là. Pourtant, qu’on le veuille ou non, on doit s’efforcer collectivement de ne pas remettre à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui. “Limiter le changement climatique à 1,5°C d’ici la fin du siècle, c’est maintenant ou jamais…”

La nomination de la première femme noire à la plus haute instance judiciaire du pays était l’une des promesses de campagne du président américain. La confirmation de cette nomination par le Sénat le 7 avril est historique. C’est en effet un plafond de verre de plus qui se brise et elle sera la 6ème femme à siéger à la Cour suprême en 232 ans d’histoire. Certes, il aura fallu attendre la 116ème nomination pour que soit enfin nommée une magistrate afro-américaine mais, comme le laisse entendre l’œuvre de Cornelia Parker, il ne faut jamais perdre espoir. Tôt ou tard, tout vient à point à qui sait attendre!

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 2 AVRIL 2022

ÉDITORIAL • 2 AVRIL 2022

La communauté internationale a fait du droit à l’éducation pour tous une condition sine qua non des négociations sur l’aide et la reconnaissance de l’émirat islamique d’Afghanistan. L’Afghanistan est l’un des pays les moins avancés au monde en matière d’éducation des jeunes filles. Interdites de scolarité depuis le retour au pouvoir des talibans il y a sept mois, les filles de plus de 12 ans auraient dû reprendre le chemin des collèges et des lycées le 23 mars dernier. La volte-face des dirigeants les a cependant contraintes à rentrer chez elles quelques heures à peine après la réouverture des établissements scolaires. La chaine de montagnes afghanes dessinée à la craie sur un tableau noir par Tacita Dean semble symboliser les obstacles qui continuent à entraver l’accès à l’éducation des adolescentes dans certaines régions du monde.

En raison de sa complexité, le bridge était l'un des derniers jeux où l'homme surpassait encore la machine. En effet, au bridge les partenaires doivent non seulement communiquer entre eux et réagir au comportement de leurs adversaires mais aussi expliquer le pourquoi de leurs actions… Des situations somme toute similaires aux problèmes de décision rencontrés dans la “vraie vie”. Un logiciel d’intelligence artificielle (IA) a pourtant réussi à rivaliser avec la logique et le fonctionnement de l’intelligence humaine la semaine dernière. Mise au point par une start-up française, l’intelligence artificielle Nook est parvenue à battre huit des meilleurs joueurs de bridge mondiaux. Une première historique qui, à l’instar des mains du joueur photographiées par Harold Eugene Edgerton, rebat les cartes de l’IA et ouvre de nouvelles perspectives au-delà de la sphère ludique.

La 59ème édition de la Biennale d’art de Venise aura lieu du 23 avril au 27 novembre 2022. Cette année, le pavillon nordique sera exceptionnellement transformé en pavillon Sami. Dispersés sur quatre pays du Grand Nord (Norvège, Suède, Finlande, Russie), les Samis sont le dernier peuple autochtone d’Europe et ils se battent pour faire valoir leurs droits et pour préserver et développer leur culture. L’installation en crânes de rennes de Máret Ánne Sara dénonce implicitement l'oppression des Samis par le pouvoir central scandinave.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 26 MARS 2022

ÉDITORIAL • 26 MARS 2022

L’hiver tire lentement mais sûrement sa révérence. Le printemps frappe à nos portes et le soleil s'enhardit et chasse la grisaille. La nature s’éveille et reprend ses droits et les arbres se parent de bourgeons. Synonyme de renouveau, la floraison des sakuras est attendue fébrilement chaque année au Japon et la fête de l’Hanami (“la contemplation des fleurs”) est une tradition séculaire au pays du soleil levant. Le cerisier en fleurs dépeint par Damien Hirst offre à notre regard une explosion de “confettis” de couleurs qui évoque avec allégresse l’arrivée des beaux jours.

Les prix flambent tant en Europe qu’aux États-Unis. Après les restrictions dues à la crise sanitaire, c’est la guerre en Ukraine et les sanctions prises contre la Russie qui entraînent l’envolée des cours du gaz, du pétrole, de l’électricité sans parler de ceux de certaines matières premières et produits alimentaires. Pas un seul secteur n’est épargné par l’inflation et partout les voyants du pouvoir d’achat sont en train de virer au rouge. Certains craignent la pénurie et la hausse des prix et remplissent, à l’instar de la ménagère de Duane Hanson, leurs caddies à ras bord… Si des hausses de prix sont hélas à craindre, les problèmes d’approvisionnement ne sont pas encore à l'ordre du jour. Afin de juguler les "achats panique", certaines enseignes de la grande distribution commencent à imposer par précaution des rationnements sur certains produits.

Qui dit guerre, dit souvent exode… La guerre qui sévit à l’est de l’Europe depuis un mois déjà ne déroge pas à la règle. Les bombardements, le chaos, la panique ont poussé plus de 3 millions de personnes, majoritairement des femmes et des enfants, à fuir leurs foyers. La photographie de Uta Barth laisse deviner de façon subliminale la dimension tragique de ceux qui n’ont d’autre choix que la fuite.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 19 MARS 2022

ÉDITORIAL • 19 MARS 2022

La levée de l’obligation du port du masque en intérieur a littéralement fait souffler un vent de légèreté sur notre quotidien. Depuis quelques jours déjà, les sourires ne se cantonnent plus aux seuls yeux mais se répandent sur tout le visage. Comme le donne à voir le portrait rehaussé au néon de Martial Raysse, on peut à nouveau lire les expressions faciales de celles et ceux qui croisent notre chemin… Soulagement pour d’aucuns, l’assouplissement du protocole sanitaire est néanmoins source d’inquiétude pour d’autres… On se plaît à croire que la liberté retrouvée ne reléguera pas pour autant aux oubliettes altruisme et solidarité. L’accessoire incontournable d’hier continue à être un outil efficace pour freiner la transmission et protéger les plus vulnérables.

Les accords d’Evian ont mis fin à la guerre d’Algérie et entériné l’indépendance de l’ancienne colonie française. 60 ans plus tard, l’histoire de la colonisation et de la guerre reste douloureuse voire conflictuelle. Lieux de surveillance et de solitude, les premiers phares du littoral algérien sont construits à la fin du XIXème siècle pour répondre aux besoins militaires de la conquête coloniale et servent de trait d’union entre les deux rives de la Méditerranée. Le verre fissuré de la grande lampe du phare qu’immortalise la photographie de Zineb Sedira symbolise à lui seul le passé colonial toujours visible, la scission entre deux pays, entre deux histoires et la nécessaire réconciliation des mémoires.

Il y a deux ans, la pandémie prend le monde entier de court. À situation inédite, mesure inédite. La mi-mars 2020 marque l’annonce du “premier” confinement. Initialement prévu pour deux semaines, il durera près de deux mois. Le banc "rubalisé" de Narbi Price nous rappelle que, tant dans les parcs que dans les jardins, la distanciation sociale était de rigueur et qu’il nous était interdit de nous poser dans l’herbe ou de nous asseoir sur les bancs publics…

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 12 MARS 2022

ÉDITORIAL • 12 MARS 2022

Compter, calculer, résoudre des problèmes, structurer nos pensées, renforcer notre esprit critique sont des compétences fondamentales pour appréhender la vie courante et s’insérer dans la vie professionnelle. Les sentiments d’angoisse et de détestation que suscitent les mathématiques sont pourtant tenaces tout comme le sont les stéréotypes selon lesquels les garçons auraient plus d’affinités avec la matière que n’en auraient les filles. Lundi a marqué le coup d’envoi, dans les écoles, collèges et lycées de France, de la 11ème édition de la semaine des mathématiques. Ladite semaine vise comme chaque année à renforcer l’attractivité de la discipline et à favoriser l’inclusion. La grille de chiffres de l’œuvre de Darren Almond nous rappelle combien les nombres “comptent” dans nos vies.

Ce n’est qu’à partir de 1917, avec la grève des ouvrières de Saint-Pétersbourg, que la tradition du 8 mars se met en place et devient, après 1945, la Journée internationale des femmes dans le monde entier. La journée est reconnue officiellement par les Nations-Unies en 1977. Elle permet aujourd’hui encore de mettre en exergue la fragilité des acquis en matière de droits des femmes et de faire valoir l’importance de l’égalité hommes-femmes. L’œuvre de Judy Chicago rappelle de façon subliminale qu’aujourd’hui encore la plupart des 200 pays que compte le monde sont dirigés par des hommes et que seuls une petite vingtaine d’entre eux ont choisi de mettre une femme à leur tête. On est loin de la parité et, à l’instar de l’artiste, on est en droit de se poser la question de savoir si les femmes ne seraient pas de meilleurs leaders que les hommes…

En raturant le ciel photographié le jour de la catastrophe de Fukushima, Nobuyoshi Araki évoque la crainte toujours prégnante d’un accident nucléaire.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 5 MARS 2022

ÉDITORIAL • 5 MARS 2022

L’offensive russe en Ukraine a provoqué un tollé au sein de la communauté internationale. Le potentiel de déstabilisation mondiale est incontestable. Si la condamnation est a priori unanime, à y regarder de plus près, les différents pays se positionnent plutôt en ordre dispersé face à l’agression et témoignent implicitement de l’évolution des rapports de force depuis la désintégration du Pacte de Varsovie. Le monde d’aujourd’hui a bien changé par rapport à celui “dessiné” par les drapeaux de la carte tapisserie d’Alighiero Boetti

Mardi gras marque le dernier jour du carnaval. Les individus photographiés par Ferdinando Scianna en 1988 portent des masques à l’effigie de chefs d’état de l’époque. La tache de vin sur le masque de celui qui arbore le slogan “pacifiste” sur son t-shirt permet d’identifier le dirigeant soviétique qui joua un rôle majeur dans l'apaisement de la guerre froide et dans la lutte pour le désarmement nucléaire... 30 ans plus tard, le nouveau maître du Kremlin brandit à nouveau la menace atomique en cas d’ingérence militaire dans son conflit avec l’Ukraine… On ne peut qu’espérer que ses menaces relèvent du bluff et ne visent qu’à dissuader les Occidentaux d’aller encore plus loin dans les sanctions économiques.

Publié en début de semaine, le second volet du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) est alarmant… Aujourd’hui comme hier, la “guerre” climatique est un sujet brûlant d’actualité qui bénéficierait d’une attention médiatique plus soutenue. À ce titre, l’élévation du niveau de la mer illustrée par le tableau de Dean Monogenis rappelle, qu’à l’instar des intempéries qui viennent de frapper la côte est de l’Australie, les risques d’inondations mortelles et destructrices et autres phénomènes extrêmes sont accrus en raison de l’évolution du climat mondial.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 26 FÉVRIER 2022

ÉDITORIAL • 26 FÉVRIER 2022

Les éléments se sont déchaînés le week-end dernier. Cela faisait près de 20 ans que les rafales de vent n’avaient plus été aussi violentes. Après la tempête Eunice, c’est la tempête Franklin qui a balayé tout le nord-Ouest de l’Europe et provoqué de nombreux dégâts sur son passage. La météo venteuse et pluvieuse a déraciné des arbres, arraché des toitures, privé d’électricité des milliers de foyers, causé l’annulation de vols, de trains et de ferries… Le tableau de Thierry De Cordier traduit le bruit, la fureur et le déferlement de la mer.

Faute de sponsors et de médiatisation, le sport féminin tarde à être reconnu et rémunéré à sa juste valeur. Sur le terrain de la disparité salariale entre hommes et femmes, le football bat tous les records. Il reste, dans l’inconscient collectif, le miroir d’une société qui assimile encore et toujours le sport de haut niveau à une activité masculine. Si, dans un monde idéal, il devrait aller de soi que les joueuses de foot gagnent le même salaire que leurs homologues masculins, tant s’en faut dans la réalité. Le match d’égalité salariale remporté par les footballeuses de l’équipe nationale australienne en 2019, de l’équipe brésilienne en 2020 et celui de la sélection américaine cette semaine donnera peut-être, comme le laisse espérer le ballon de Michael Craig-Martin, le coup d’envoi à d’autres fédérations dans le monde.

Cela fait déjà quelques mois que la situation se dégrade en Ukraine… La reconnaissance par le Kremlin de l’indépendance des régions séparatistes de l’Est ukrainien il y a quelques jours a brusquement fait monter la pression d’un cran. L’offensive militaire de grande envergure déclenchée 48 heures plus tard par la Russie ravive le spectre d'une guerre aux portes de l’Europe… L’allumette d’Harold Ancart rappelle de façon subliminale que l’accumulation de barils de poudre accroît toujours le risque d’étincelle.

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 19 FÉVRIER 2022

ÉDITORIAL • 19 FÉVRIER 2022

La création est longtemps restée un domaine exclusivement réservé aux hommes. Les femmes artistes étaient reléguées dans l’anonymat sans que l’on puisse découvrir leurs oeuvres. Si au cours des dernières décennies, les institutions muséales et le marché de l’art ont évolué vers une représentation plus inclusive, le talent des femmes n’a souvent été reconnu que tardivement. Tant Louise Bourgeois qu’Alice Neel, Etel Adnan ou encore Luchita Hurtado, pour ne citer qu’elles, ont dû attendre le crépuscule de leur vie pour passer de l’ombre à la lumière. Carmen Herrera, dont on vient d’apprendre le décès à l’âge canonique de 106 ans, ne dérogea pas à la règle. Les couleurs contrastées de sa toile sont indubitablement porteuses de joie et d’optimisme.

D’après une étude récente, des résidus d’antibiotiques, d’anti-inflammatoires, d’analgésiques et autres substances médicamenteuses sont présents dans presque tous les cours d’eau de la planète. Les régions les plus concernées par cette pollution invisible se trouvent dans les pays dits émergents, pays où sont situées les usines de fabrication des produits pharmaceutiques et où le traitement des eaux usées et des déchets est moins ou peu développé. Le tableau de Catherine Murphy rappelle que si les médicaments font aujourd’hui partie du quotidien et de la santé de nombre d’entre nous, ils constituent aussi, une fois éliminés de notre corps, un risque non négligeable pour l’environnement et l’espèce humaine.

L'albinisme est une maladie génétique héréditaire caractérisée par une absence totale ou partielle de pigments dans la peau, les cheveux et les yeux. Elle ne touche qu’une personne sur 20 000 en Europe et aux États-Unis mais est fréquente en Afrique subsaharienne où environ 1 personne sur 4000 est concernée. Si la stigmatisation, la violence voire le meurtre des personnes albinos ont considérablement diminué sur le continent africain, les albinos restent des objets de curiosité. La sensibilisation est le seul moyen de casser les tabous. À ce titre, la photographie de Justin Dingwall nous rappelle, pour le citer, « que c’est la diversité qui rend l’humanité intéressante et belle. »

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Zoé Schreiber

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NEWSLETTER • 12 FÉVRIER 2022

ÉDITORIAL • 12 FÉVRIER 2022

Le 25 janvier dernier, malgré l’intervention d’associations patrimoniales, la “Geller House I”, l’une des maisons les plus célèbres de l’architecture d’après-guerre aux États-Unis, a été détruite. Réalisée en 1945 par Marcel Breuer, elle était emblématique d’une époque aujourd’hui révolue, une époque teintée d’optimisme en l’avenir et animée par l’audace et l’expérimentation. Premier projet résidentiel du célèbre designer et architecte, la maison dite “binucléaire” scindait en deux ailes distinctes les pièces de vie (salon…) des pièces privées (chambres…) et se distinguait par son toit “papillon” incliné vers le cœur de l’édifice. À la lumière du tableau d’Asmund Havsteen-Mikkelsen, on ne peut s’empêcher de penser que le patrimoine ne se limite pas uniquement à ce qui est ancien. La modernité architecturale est elle aussi porteuse d’histoire. Elle représente, à l’instar de l’architecture contemporaine, le patrimoine de demain et devrait, dans la mesure du possible, être préservée.

Le One Ocean Summit a réuni à Brest, du 9 au 11 février, chefs d’État, scientifiques, organisations non gouvernementales (ONG) et acteurs du monde économique. L’objectif: renforcer la coopération internationale autour de la protection des océans et des ressources halieutiques. Les impacts écologiques de la pêche intensive sur la biodiversité ont été largement étudiés et décrits. L'installation de Rana Begum rappelle de façon subliminale que, chaque année, des milliers de poissons sont piégés accidentellement dans les mailles de filets qui ne leur sont pas destinées.

L’année s’annonce délicate pour nos porte-feuilles… Après la facture énergétique, ce sont les prix des denrées alimentaires qui flambent et plus particulièrement ceux du café. Crise sanitaire mondiale, météo défavorable, problèmes de logistique et coûts de fret élevés… Tous les ingrédients sont présents pour donner un goût amer à notre tasse matinale. Celle de Richard Diebenkorn est encore vide… Espérons que le breuvage ne soit pas trop corsé.

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Zoé Schreiber

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